Eoukounat
Sofðu unga ástin mín
(Jóhann Sigurjónsson / Trad. Islande)




Sofðu unga ástin mín.
Úti regnið grætur.
Mamma geymir gullin þín,
gamla leggi og völuskrín.
Við skulum ekki vaka um dimmar

Það er margt sem myrkrið veit,
minn er hugur þungur.
Oft ég svarta sandinn leit
svíða grænan engireit.
Í jöklinum hljóða dauðadjúpar sprungur.

Sofðu lengi, sofðu rótt,
seint mun best að vakna.
Mæðan kenna mun þér fljótt,
meðan hallar degi skjótt,
að mennirnir elska, missa, gráta og sakna.



Dors, mon jeune amour.
Dehors la pluie pleure.
Maman range tes petits osselets
Dans ta boîte à trésors.
Nous ne devons pas veiller
Par les nuits sombres

Il y a beaucoup de choses
Que l'obscurité connait.
Mon cœur est lourd.
Souvent j'ai vu le sable noir
Brûler la prairie verte.
Dans le glacier résonnent
Des craquements profonds comme la mort.

Dors calmement.
Dors profondément.
Il vaut mieux dormir longtemps.
Le chagrin t'apprendra vite,
Tandis que le jour
Décline rapidement
Que les hommes aiment,
Perdent, pleurent et languissent.






La traduction et la prononciation de ce chant nous ont été envoyées par Catherine Ulrich, présidente de l'association ALSACE - ISLANDE, association d'intérêt général œuvrant en faveur du développement des échanges culturels franco-islandais.

L'ensemble vocal Ktêma lui présente ses plus sincères remerciements.



Quelques interprétations et vidéos de cette berceuse :

La préférée... du chef : clic

Viking pray - Sofðu unga ástin mín : clic

Sofðu unga ástin mín : clic

Une version par Bryndis Magnadottir : clic



Jóhann Sigurjónsson nait dans la campagne du nord de l'Islande, à Laxamyri, þingeyjarsýsla, en 1880. À vingt ans, il s'installe à Copenhague pour y faire des études vétérinaires.

Issu d'un pays dont la culture théâtrale ne remonte qu'à la fin du 19ème siècle, Jóhann Sigurjónsson est non seulement parmi les premiers à écrire le théâtre islandais mais il reste, jusqu'à nos jours, l'un de ses auteurs les plus marquants.

Jóhann Sigurjónsson naît en Islande à un moment où la civilisation scandinave vivait un bouillonnement créatif sans précédent. Tout en s'inscrivant dans un courant romantique (les thèmes de la nature, de la mort, de l'individu face à la société), il s'intéressait à la façon d'Ibsen et de Strindberg à traiter les conflits humains et les problèmes éthiques. Il puisait son inspiration dans les légendes et les sagas islandaises.

Pour sa dernière pièce, Le Menteur, il se tourne vers le chef-d'oeuvre de la littérature islandaise du Moyen-âge, la saga de Njall le brûlé. Lorsqu'il la termine, il est déjà épuisé par la tuberculose. Il meurt au sommet de sa gloire, en 1919, à l'âge de 39 ans, laissant trois pièces inachevées.

Bien que vivant au Danemark et écrivant en danois - il traduira lui-même en islandais ses tragédies - il fut le grand nom de la scène islandaise dans la première partie du siècle. Nature farouchement indépendante, il puisa son inspiration aussi bien dans les vieilles sagas que dans le folklore local pour écrire de sombres drames romantiques : Dr. Rung [Docteur Rung], 1905 ; La Ferme de la Cheire, 1908 ; Loftur le magicien, 1915, propose une version islandaise de la légende de Faust ; Løgneren [Le Menteur], 1917 (en islandais : Mörður Valgaðsson, 1942) s'inspire de la Saga de Njáll le Brûlé . Sa pièce : "Les Proscrits **", violente histoire des amours interdites d'une riche paysanne et d'un proscrit, reçut un accueil triomphal lors de sa création à Copenhague en 1912 et fut immédiatement traduite en neuf langues. Elle fut adaptée à l'écran en 1917 par Victor Sjöstrom, donnant I'un des plus beaux films du muet.

[** Les Proscrits

Hatla, riche fermière du nord de l'Islande, décide de tout abandonner pour accompagner son amant Eyvindur, un proscrit en fuite. Isolés dans la montagne, les deux amants vont y vivre la splendeur de leur passion et la misère de leur réclusion.

Inspirée d'un fait divers du 18ème siècle devenu légendaire en Islande, la pièce met en scène une histoire d'amour qui affronte la loi des hommes et celles de la nature. Une nature dont l'omniprésence nourrit la force poétique de l'écriture et donne à l'œuvre son universalité. Après trois premiers actes foisonnants et lumineux, le dernier acte, dépouillé, prend soudain des accents strindbergiens à travers la lutte éternelle et impitoyable entre l'Homme et la Femme, et permet à Sigurjonsson d'atteindre le sommet de son art.

Première pièce islandaise jamais éditée en France en 2003, cette pièce fut créée à Copenhague en 1912, avec la plus grande actrice scandinave de l'époque, Johanne Dybwad, où elle reçut un accueil triomphal. Elle fut immédiatement traduite en neuf langues et adaptée à l'écran en 1917 par Viktor Sjöstrom, donnant au cinéma muet " sans doute le plus beau film du monde " selon Louis Delluc. Traduite en français pour la première fois, c'est une des plus importantes pièces du répertoire islandais.

L'histoire de Fjalla Eyvindur

L'histoire tragique d'Eyvindur(1714-1783) est très connue en Islande. Dans les années 1760, Eyvindur est condamné à s'engager dans l'armée danoise pour avoir volé dit-on une motte de beurre. Préférant s'enfuir, il mène une vie de reclus, considéré comme un hors-la-loi. Alors qu'il trouve refuge dans une ferme, il s'éprend de la riche fermière Halla, mais le beau-frère de celle-ci s'oppose complètement à leur union. Eyvindur et Halla décident de fuir ensemble pour vivre leur amour et se cachent un temps dans les fjords du Nord-Ouest de l'île. Dénoncés par les habitants des environs, le couple doit s'enfuir à nouveau pour échapper à la justice. Eyvindur et Halla s'installent alors à Hveravellir, et ils y survivent pendant deux ans dans une grotte en chassant des oiseaux et en volant des moutons aux fermiers de la région. Les sources chaudes leur permettent notamment de faire cuire leur nourriture et de prendre des bains. Halla mettra au monde plusieurs enfants durant cette période, mais voulant leur épargner une vie misérable de bannis, Eyvindur dépose à chaque fois les nouveaux-nés devant la porte d'une ferme. Une autre version plus tragique évoque l'infanticide des nourrissons par noyade dans l'eau glacée.

La berceuse " Sofðu unga ástin mín " - Dors mon cher amour - est directement rattachée à cette tragique histoire et a été associée au chant d'amour désespéré de cette mère contrainte par la justice des hommes de devoir abandonner ses bébés.

Au bout de vingt années de vie d'errance et de fuite, le couple finit par se séparer. Un pasteur recueille Halla qui restera muette jusqu'au jour de sa mort où elle s'écrie : " Mon Dieu, que la montagne est belle !".

L'histoire d'Eyvindur est bientôt connue dans l'île toute entière. En l'apprenant, le gouverneur danois décide de gracier Eyvindur mais celui-ci n'en saura probablement rien. Ignorant également la mort de sa femme, il continuera d'errer plusieurs années dans les hautes terres. Alors surnommé Fjalla Eyvindur " Eyvindur des Monts ", ce proscrit allait devenir un héros national en Islande.Actuellement près de la grotte où survécurent Eyvindur et Halla à Hveravellir, une sculpture en pierre avec deux cœurs enlacés a été érigée en mémoire de ces deux amants.]




La musique islandaise : clic

Le tvisöngur ou la polyphonie traditionnelle des bergers islandais : clic

La musique - gestation et développement : clic

Considérations autour de la berceuse : clic