Banm kalou banm
Banm kalou banm
(La réunion)




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I di a ou anlèr, dann milié la mer
Twé navé gro blan, si bato lontan
I di a ou dan fon, si bato lontan
twé navé bann nwar, té konm zanimo

Zot i vir par isi, zot i biny dann san
Zot i vir par la, nana loséan . (bis)
banm kalou banm, banm kalou banm (4 fwa)

Té gramoun i di, dann tan komandèr
Twé navé boug nwar, té i tié zot frèr
A forse tan soufèr, la pran la kolèr
Koulèr flanboyan, kan sa lé an flèr

Lo san la kayé, dési nout pasé
Boubou la pousé, la pokor pété . (bis)
banm kalou banm, banm kalou banm (4 fwa)

Zot i war zordi, nou désot la mer
Pou nou rod travay, wi nou lé somèr
Zot i war talèr, mi sa pran laviyon
pou kit mon péi, i apel la réniyon

Zémigré zordi, lesklavaz lontan
Pari lé zoli, nou na pi zèn zan . (bis)
Vronm kalou vronm, vronm kalou vronm (4 fwa)

Komandèr zordi, pi parey lontan
Sa boug koméla, zot i roul langaz
Zot i giny larzan, pou biyn koze fransé
in morso kréol, fout pi kab tiré

Koté zot na in pèp, la pou rod krié
I sar pa lékol, i sava maron . (bis)
Banm kalou banm, ban kalou banm (5fwa)


Le maloya est le rythme traditionnel de la Réunion. Un rythme ternaire sur lequel les travailleurs des plantations chantaient leurs joies et leurs peines: c'est le blues de la Réunion...

Les instruments traditionnels du maloya sont le kayanm, un instrument plat fabriqué à partir de tiges de fleurs de canne et rempli de graines de safran sauvage, le bob fait d'une corde tendue sur un arc et d'une calebasse comme caisse de résonance, et le roulér, gros tambour monté à partir d'une barrique sur laquelle on tend une peau de bœuf.





... /... Cette chanson du réunionnais Danyél Waro [...] pour rappeler que les réminiscences de l’esclavage travaillent toujours les descendants des victimes, d’où qu’elles soient. Le triangle maudit de la traite négrière, lorsqu’il n’empruntait pas la voie transatlantique, sut pousser des angles du côté oriental de l’Afrique vers l’île Bourbon (la Réunion). Sur le bateau alors, parqués comme des animaux (té konm zanimo), il y avait d’un côté la mort, de l’autre la mer (loséan). Et si, aujourd’hui, le sang a caillé sur le passé (Lo san la kayé dési not pasé), les enfants ont poussé mais l’esclavage se poursuit par l’exploitation, l’exil forcé des jeunes (Zémigré zordi, lesclavaz lontan) vers le “zoli” Paris et l’acculturation (déni de la langue créole).

Cette chanson aussi comme un écho musical à cette réflexion du narrateur de Passage du milieu : « Ils nous forçaient à danser sur d’infâmes ritournelles, nous qui avions tant de musiques en nous ; nous dont les descendants accablés de mépris, ne tarderaient pas dans ces Ethiopies que nous allions multiplier au loin, à fonder la musique des temps futurs. » Le maloya, rythme traditionnel de la Réunion, est le pendant réunionnais du blues américain. C’est sur ce rythme ternaire que les travailleurs des plantations chantaient leurs joies et leurs peines. Sur ce rythme que Danyél Waro joue et chante sa “batardsité”. Chroniquant le disque «Foutan Fonnkér», Richard Robert définissait ainsi le maloya : «… éclatante fleur de peine, de colère et d’espoir, plante réfractaire poussée dans les anfractuosités d’une histoire dure et sèche, grandie à l’ombre d’un peuple qui a subi le fouet de l’esclavagisme, du paternalisme blanc-bec, des lois normatives de la République. C’est un artisanat de survie, longtemps condamné à la clandestinité, partagé, malaxé et perpétué par tout ce que l’île a pu compter comme “bâtards” meurtris, Africains, Indiens, Malgaches ou “petits Blancs” comme Waro.» ... /...

Ce texte est extrait d'un commentaire signé par Corinne Chiaradia, (septembre 2002) sur une page consacrée au film intitulé " le passage du milieu ", film consacré à l'esclavage pratiqué positivement par les occidentaux. (Pour aller sur la page)