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" La fourmi possède un pouvoir. Certaines fourmis n'ont pas d'yeux, mais elles peuvent se frayer leur chemin à tâtons. Elles vont chercher ces petites pierres, que nous nommons yupiwi , qu'elles déposent sur la fourmilière. Des pierres minuscules, semblables à certaines perles de culture, à des agates, translucides comme la neige. Ou parfois, de préférence, de très petits fossiles. Les fourmis s'y prennent à deux pour propulser l'une de ces pierres. Une seule pourrait être écrasée sous le pied du marcheur. Les fourmis ne laissent rien au hasard. "*
Il était une fois une petite fourmi de Ktêma qui décida un jour d'automne, d'aller se balader à travers le monde, afin de voir si de l'autre côté des terres et des mers on pouvait trouver des pépites dorées chantantes et mélodieuses à souhait…
Après avoir batifolé du côté du soleil levant en quête de lucioles japonaises, elle s'est perdue dans les méandres de l'Amazone où les mêmes lucioles étaient vénérées, puis a traîné ses antennes du côté des Patagons pour revenir ensuite chatouiller les pieds crochus des hobbits de Carélie, … jusqu'au pays des Maoris où, impressionnée par les voix fortes des hakas, elle a bien failli se faire écraser par l'anneau du Seigneur qui roulait par là !
Heureusement pour elle, elle était sur son petit nuage !
Après un repos bien mérité sur le sable blond de la Polynésie - où d'ailleurs elle fit connaissance d'autres espèces de son genre aux accents disons un peu plus langoureux et à la chevelure de feu - elle a continué ses tribulations avec les elfes et autres trolls islandais et ses pérégrinations dans diverses îles du Nord et du Sud à tel point d'ailleurs qu'elle ne sait plus très bien où elle se trouve présent'ment !
Les voyages, ça forme la jeunesse dit-on et notre fourmi a bien failli nous faire faux-bond en restant pour de bon avec ses nouvelles copines d'outre-mer ou d'entre-terre…
À force de côtoyer les elfes, les fées, les trolls et autres hobbits sur un long nuage blanc, sans compter les mapuches, les patagons en rodéo, et les zulus se chansolant*** dans leurs mines, et bien d'autres encore dont la liste court toujours, pas étonnant que notre fourmi en ait eu la tête tout estourbie !
On ne vous en dira pas plus… mais il semble bien qu'entre-temps, un fourmilion bien malin soit passé par là pour la remettre sur ses pattes !
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C'est alors qu'on l'a vue revenir un beau matin de l'an neuf, clopin-clopant, avec une grande feuille sur le dos, remplie de pépites dorées qui piaillaient d'impatience de sortir à l'air libre se dégourdir leurs cordes d'élites !…
La fourmi n'est pas prêteuse, c'est là son moindre défaut, -enfin c'est ce qu'on disait jadis au bord de la fontaine- mais notre fourmi, tellement contente de chanter avec ses amies les cigales, proposa avec son ami le fourmilion de montrer ces yupiwi à tous ceux qui souhaiteraient les rencontrer, qu'ils soient fourmis, cigales** ou cigarillos, de poils, de plumes, de cornes ou de licornes, bref de mandibules vociférantes !
C'est donc avec l'infinie délicatesse de ses petites pattes, qu'elle a extirpé les pépites de son sac et qu'après une douce toilette de son éperon, les a déposées sur le tapis brodé par son ami le fourmilion…
Mais cette histoire n'a qu'un début et pas encore de fin, car notre fourmi continue à fourmiller à droite et gauche, parfois à l'endroit et parfois à l'envers, ce qui fait qu'elle s'emmêle un peu les pattes dans les fils de l'épeire !
Qu'importe, l'important est de retomber à terre… et de continuer son chemin…
C'est ainsi qu'aujourd'hui, notre fourmi convie tous ceux qui aiment faire vibrer leurs cordes et leurs élytres, à suivre son rail odorant pour leur présenter les pépites ramenées de son périple… et aussi ne l'oublions pas quelques diamants de toute beauté ! Attention, si on ne le disait pas, ils pourraient se vexer, tout beaux qu'ils sont, et venir l'écraser d'un coup de voix , ce qui ne serait pas fourmillable !
STRIIIII-DUUUUU, STRIIIII-DUUUUU, dit-elle, pour que tous viennent aux ondes, faire vibrer leurs mandibules, et nuit et jour, à tout venant, chanter ne vous déplaise !
STRIIIII-DUUUUU, STRIIIII-DUUUUU, que chacune et chacun apportent son miellat pour enrichir la fourmilière de nouveaux nectars, et nourrir la galerie de ses pépites, qu 'elles soient larves, nymphes ou reines pour fourmiller en chœur dans la galerie sonore.
Et que les ailes viennent aux fourmis pour sortir les belles aux voix dormantes et les barbes bleues de leurs sept lieues !
Fourmillement vôtre,
Kristen,
* tirée de " De Mémoire Indienne ", Tahca Ushte&Richard Erdoes. Collection Terre Humaine. 1986
** ndt : toute ressemblance avec des Himénopt'airs ou des Homopt'airs connus serait pure coïncidence !
*** ndlr : mot n'banéké signifiant se consoler en chanson.
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